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Rudi

Rutger Kopland (1934-2012)

Rudi

Il faut tout de même quelqu’un pour voir que tout passe…

Dans un premier temps, j’ai été celui qui traduisais la poésie de Rutger Kopland en français (Songer à partir, Gallimard, 1986 ; Souvenirs de l’inconnu, 1998).

En premier lieu Rudi était – et demeure – surtout mon ami, toujours présent aux carrefours dangereux de ma vie, mais aussi aux grandes occasions, manifestant parfois un humour pince-sans-rire souvent au bord de l’absurdisme, comme la pataphysique qu’il aimait tant et avec laquelle il pouvait vous faire pleurer de rire. Le regard faussement innocent qu’il promenait alors autour de lui faisait partie de son jeu.

On pourrait traduire nos trente-cinq ans d’amitié d’un point de vue d’enfant: j’étais fier et profondément touché qu’un si grand garçon me jugeât suffisamment important pour accepter de jouer avec moi. Et nous avons beaucoup joué: ainsi de notre lecture intensive et de notre traduction approfondie de ses poèmes.

Le poème que voici fut un des premiers en version française. Par une soirée d’hiver lointaine, nous y avons travaillé d’arrache-pied, assistés par son épouse Ineke, fumant tous les trois comme des pompiers, sirotant de temps en temps un verre de genièvre. Tout cela autour de sa table de cuisine légendaire à Glimmen (province de Groningue). Travail d’équipe, entre autres grâce au français de Rudi, qui était de bonne qualité, voire quelquefois si précis qu’il était en mesure de dire si certains vers convertis en français coulaient de source ou non.

Parfois à la vue, à la vue d’une rangée
de peupliers par exemple il se peut
que je voie comment le monde, ou à l’odeur,
l’odeur fraîche d’herbe coupée il se peut:

c’était l’été, encore et encore l’été, le monde
était grand et je vivais, mais avec l’idée
que l’homme n’existe pas. J’écrivais: D chéri,
mais j’ai mis le feu à mes lettres

un feu. D ch, comment ça va, ô comment moi je vais,
pas grand-chose de neuf ici sur terre,
ta rangée de peupliers sanglote à voix basse,
mais ça lui passera, l’herbe se meurt patiemment,
ça sent lourdement le sang,
le sang vert de l’herbe.

                              J’ai fait un feu,
tu trouveras des cendres à ton retour, des cendres.

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