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Les Saintes-Maries

BohemiaAprès avoir, au fil de nombreuses années, travaillé en qualité de danseuse manouche et classique, Maroushka Dobelé se consacre aujourd’hui à l’écriture. Deux livres nés sous sa plume et publiés aux éditions Michel de Maule : Une enfance chez Louis-Ferdinand Céline (souvenirs, 2011) et Bohemia (roman, 2014). Elle en prépare un troisième. Voici une nouvelle bien représentative de sa poétique, amalgame de mysticisme et de lyrisme, où une voix intime et fragile a la parole et chante l’errance.     

PG

 

« Maman, viens ! Maman s’il te plaît, viens voir! »
Une chose oubliée sur le sable, petit Paul allait s’approchant d’un paquet informe; je l’ai suivi. C’était un homme, un de ceux qui ne servent plus à rien et qui dormait.
« Chut! Non Paul, reviens ! »
« Mais maman… »
« On ne montre pas du doigt, ce n’est pas gentil. Reviens tout de suite !»
Mon grand petit bonheur venait d’avoir sept ans. Comment lui expliquer, lui dire que l’amour est fragile, les êtres inconstants. Nous n’étions plus que deux cet été là.
« C’est un gentil petit, que vous avez là. Alors comme ça, vous êtes en vacances… »
L’homme s’exprimait avec difficulté. Sans doute était-ce un de ces sans-papiers perdus en terre étrangère?
« Oui monsieur, quelques jours aux Saintes-Maries-de-la-Mer! »

Un petit têtu, mon Paul qui n’en démordait pas de sa question en lui tirant son pull :
« C’est quoi ton dessin ? »
Il ne voyait pas le mal et dans ce vagabond, il découvrait un père.
« Laissez-le, madame, ce n’est qu’un enfant, mon tatouage l’amuse. »
Sur cette plage sous ce ciel sans nuage mon cœur n’en pouvait plus de ces familles, de leur bonheur qui criait.
« Ça suffit, Paul ! Nous rentrons! »
« Que vous arrive-t-il ?  Pourquoi toute cette colère dans votre voix… Ah, je comprends… Vous me croyez capable, oui, c’est bien ça, de faire du mal au petit ! »
« Mais non, monsieur, vous vous trompez, ce n’est pas ça! »Map of saintes maries de la mer

Alors j’ai fait semblant de m’intéresser à lui. Vu l’état de ses vêtements, ma question était ridicule : « Êtes-vous en vacances, monsieur? »
« Non, je vais à Compostelle, c’est en pèlerin que je suis ici. »
« Ah ? Vous marchez depuis longtemps ? »
« Ça fait six mois que je marche, ma petite dame, je viens de Palestine. »
Appuyé sur un coude, ses gros doigts cachaient en partie son visage. Paul, assis à ses côtés, bavardait avec lui et déjà en ami.
« C’est la première fois que vous venez aux Saintes ? »
« Non, je n’y étais pas revenu depuis ma médecine. C’était un beau pays dans mon enfance, nous y étions libres. L’argent et son tourisme le détruit, le sanctuaire en étouffe. »
Cascade brûlante, le soleil inondait la plage, midi étincelait sur la blancheur des maisons qui aveuglaient.
« Paul, c’est l’heure de déjeuner nous rentrons ! »
L’homme se leva, j’ai vu son visage. Il n’y a pas de mot, aucun. Je me souviens de mon regard qui s’accrochait à ses yeux très doux où il y avait de la lumière.
« Pas de pitié, petite madame, je ne suis plus malheureux. Autant vous le dire tout de suite, c’est un éclat d’obus qui m’a fait ça. Cela évite les questions inutiles. Enfin… de vous les poser ! »
Mon visage se couvrit de honte et encore aujourd’hui je rougis, troublée.
« Ne soyez pas gênée, j’ai l’habitude, c’est dans les pays riches que les regards sont les plus indécents. D’où je viens, Madame, on ne me remarque plus, il y a tant de douleurs…»
Sur sa vie, il ne m’en dirait pas plus et puis mon petit Paul voulait discuter avec lui. C’étaient deux enfants ensemble. La barque, les Saintes Femmes, Sara, toute l’histoire il la lui raconta, celle de son bras gravé.
« L’homme ne vit pas seulement de pain, me dit-il… »
La société l’effrayait par son matérialisme : une maladie, d’après-lui, qui gangrénait même les lieux Saints !
D’un côté ou de l’autre de la Mer Méditerranée, ces terres avaient vu s’élancer tant de forces spirituelles, elles ne pouvaient mourir. «  Ce n’est pas fini, petite madame, après bien des malheurs, des famines, des guerres, les Portes de la Foi s’ouvriront ici! »
Il se leva, me tendit les mains où par pitié je posais les miennes.
« Qu’il en soit ainsi, murmura t-il, qu’il en soit ainsi ! »
Mon coeur brûla d’un amour que rien n’eût su éteindre, je vacillais pantelante. Sans la fermeté de sa poigne, je me serais effondrée. Comme venue d’un autre monde, une voix douce et ferme me dit : « N’oublie pas, Dieu est pour tous, même pour celle qui ne croit plus ».
Il voyait les âmes. Quand je l’ai compris il était loin déjà.

 

Maroushka.

 

 

 

 

 

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